Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

unoeilsurmonquartier.over-blog.com


L'Atelier Kuso

Publié le 24 Juillet 2014, 17:07pm

L'Atelier Kuso anime depuis 2 ans maintenant des ateliers d'Arts Visuels pour les habitants d'Aubervilliers. Depuis quelques mois, l'association tente avec d'autres acteurs de la ville de recycler les bâtiments de l'ancienne manufacture d'allumettes en Usine de Films Amateurs (UFA) sous l'égide du réalisateur Michel Gondry. Malheureusement, la nouvelle municipalité a récemment annulé le projet pour des raisons budgétaires. Ce n'est sans compter sur la résistance de Michel Gondry et de l'Atelier Kuso, qui défendent bec et ongles ce projet de cinéma démocratique. Entretien avec Seid Mokrani, directeur de l'Atelier Kuso, sur une ville ouverte sur la culture populaire au service du citoyen.

Pourquoi avoir créé cette association ?

On a créé l'association Atelier Kuso, il y a un peu plus de deux ans. Le groupe de base existe depuis plus de 15 ans. En 1997, depuis un concours de BD organisé par un animateur, lors de la fête du livre, des jeunes participants ont décidé avec l'aide de l'animateur de la ville de monter un atelier BD. Au fil du temps, de nombreux jeunes ont rejoint le groupe qui au fil des années, a fait son chemin. Certains des jeunes se sont professionnalisés dans le domaine de l'art et de l'audiovisuel et même de l'éducation.

Après un temps où chacun s'est consacré à sa professionnalisation, le groupe se reconstitue avec encore plus d'entrain et la volonté de passer le témoin et de permettre à des jeunes et moins jeunes de s'épanouir à leur tour. De manière générale, nous sommes convaincus que les Arts Visuels, l’éducation du regard, les activités culturelles et artistiques, sont autant d’opportunités pour développer la sensibilité, la communication, et participent à la formation, à la construction intellectuelle et personnelle de chaque individu.

Quelles sont vos principales actions dans la commune ?

L'Atelier Kuso organise des Ateliers et événements autour de la BD, du cinéma, de la photo et du Street Art en Ile de France. Comme action, on peut citer nos ateliers réguliers de BD et d'écriture scénaristique. Nous avons aussi, dans le cadre de la reforme des rythmes scolaires fait de nombreux ateliers périscolaires et toucher plus de 600 enfants cette année.

Comme événement, il y a la BDambulatoire, notre bdéthèque de rue qui s'installe aux pieds des immeubles, enrichie d'ateliers et de rencontres. Pour le cinéma, dans la même veine, amener la culture à tous, partout et dans tous les lieux, nous avons les Hominotoiles. Des hommes et des femmes, un écran vissé sur le dos, qui diffusent des courts métrages dans différents lieux de la ville, notamment lors du jour le plus court que l'on a organisé avec la chargé de mission cinéma d'Aubervilliers. Avec la DAC nous avons aussi accueilli des réalisateurs argentins, pour réaliser un film de A à Z, en une journée, avec une trentaine d'habitants.

Depuis quelques mois, nous tentons de mettre en place un projet nommé "En attendant l'Usine". Il consiste à réaliser avec les habitants des films suédés qui aurait été diffusés pour l'ouverture de l'Usine des Films Amateurs. Le suédage, s'inspirant du film Soyez Sympas, Rembobinez de Michel Gondry, consiste à tourner un remake de film avec les moyens du bord.

Par ce biais, nous souhaitons sensibiliser les habitants à une pratique artistique cinématographique simple et accessible. Nous cherchons à préparer et informer sur l'arrivée prochaine de l'Usine de Films Amateurs tout en suscitant un intérêt à y aller, en allant chercher le public directement dans leur lieu de vie ou leur structure. Ce devait aussi être un hommage au réalisateur et à son initiative de l'UFA, dont les objectifs et valeurs rejoignent celle de notre association.

Aubervilliers est une ville ouverte sur la culture. (Festival In Situ, cinéma...) D'où vient cet intérêt ?

Le festival In Situ, c'est un beau projet. Pourtant, étant moi même friand de Street Art et praticien, je n'y ai encore même pas mis les pieds. Comme quelques projets culturels qui s'implantent ici, les acteurs qui sont sur le terrain quotidiennement sont mis sur le banc de touche. J'irai et on emmènera des jeunes car le oeuvres réalisées sont au top mais on aurait aimé un festival un peu plus in vivo à Aubervilliers. Et c'est ce qui est intéressant avec le projet que Michel Gondry apporte, c'est tout l'inverse.

La ville se dote d'un important vivier culturel, cela prend son origine par son histoire que ce soit par les actions d'un ancien maire communiste Jack Ralite, dans les années 80 et 90, énormément tourner vers la culture mais aussi par des structures associatives culturelles, d'éducation populaire ou des habitants. Pour le cinéma, il y a eu et existe toujours des actions d'éducation à l'image, le festival Pour Eveiller les Regards, lancé par Christian Richard, ancien directeur du cinéma local, qui permettait à tous les enfants d'Aubervilliers de voir des films de tous les genres et horizons. De "voir", on est passé à "faire" avec le festival Génération Court porté par l'OMJA (Office Municipale de la Jeunesse d'Aubervilliers). Notre association, comme d'autres Hors Cadre, CinéBanlieue, l'Art Est Dans l'Air, mais aussi la DAC par les actions de Samia Khtimane, chargée de mission patrimoine et cinéma , se tracent le même sillon avec la même volonté, celle de voir et faire.

Comment avez vous rencontré Michel Gondry ?

On a rencontré Michel Gondry, il y a bien des années, à travers ses œuvres qui nous parlent aussi bien dans la manière de réaliser que par les thèmes abordés de ses films : Soyez Sympas Rembobinez, Block Party... qui se rapprochent de nos valeurs. En chair et en os, plusieurs habitants l'ont croisé individuellement à Cannes, lorsqu'on a présenté un long métrage fait localement Rue des Cités d'Hakim Zouhani et Carine May, à l'Usine à Films Amateurs (UFA) lorsqu'elle était installée à Beaubourg ou au festival des Pépites du Cinéma. C'est un homme qui aime réellement ce qu'il fait et aller à la rencontre des gens. Notre association l'a réellement rencontré lors d'une semaine qui lui a été dédiée sur la ville ,"100% Gondry" et que nous avons co-organisé avec le service culturel de la ville d'Aubervilliers, en 2013.

C'est lors d'une rencontre avec deux albertivllariens, Anaïs Bouhloul (au cabinet du maire) et Hocine Ben (slameur), à l'UFA de Beaubourg que Michel Gondry a fait part de sa volonté d'installer de manière permanente l'UFA. La conjoncture des événements a fait qu'au même moment un dossier Patrimoine avait été ressorti auprès de la municipalité albertivillarienne. Quand Michel Gondry est venu pour la première fois, à Aubervilliers, il était tout excité. Son excitation était double celle de rendre pérenne ce projet là où il y en a vraiment besoin et celle d'installer l'UFA dans la manufacture d'allumettes avec une véritable cheminée d'usine. Car pour Michel, Aubervilliers est une ville jeune et remplie de dynamisme. La ville possède un lieu magique : l'ancienne manufacture d'allumettes est le lieu idéal pour ce projet. L'objectif n'est pas de dénaturer le lieu mais de lui donner une seconde vie dans l’intérêt de tous. Il est important de révéler la vitalité artistique des quartiers. Il serait très facile d'ouvrir cette Usine de Films dans les beaux quartiers de Paris mais ce n'est pas le but, l’accès à la culture de cinéma, c'est pour tous.

Pouvez-vous nous parler de ce projet et des moyens mis en œuvre pour le réaliser ?

C'est 1500 m² de magie, offrant un vrai plateau de cinéma accessible à tous, notamment aux habitants, aux jeunes d'Aubervilliers et aux scolaires, mais aussi à tous les habitants d'Ile de France ou en visite.

Dans cette Usine de Films Amateurs, gratuite et ouverte à tous, on y retrouve le matériel nécessaire à la réalisation de courts métrages et de films, mis à disposition des participants. Le principe, à chaque session, dix personnes qui se réunissent pour réaliser à leur tour un film. Libres dans leur choix de films, ils sont néanmoins guidés et conseillés par des professionnels ou étudiants en cinéma. Le scénario, la distribution des rôles, les costumes, le tournage, le montage : En trois heures, c'est dans la boite ! Et le groupe peut regarder la production finale dans le vidéoclub du lieu.

En soit, un lieu culturel, de rencontres, de création et d'éducation populaire donnant du "PEPS" au dynamisme artistique de nos quartiers qui s'inspire du scénario d'un des films de Michel Gondry Soyez Sympas, Rembobinez.

L'Usine des Films Amateurs a déjà vu le jour de manière temporaire à New York, Rio, Paris, Johannesburg, Rotterdam ou Casablanca récemment. Un grand succès à chaque fois. Après une rencontre et une visite de la manufacture sous l'ancienne municipalité, Michel Gondry voulait propager ce succès de manière pérenne à Aubervilliers.

Quel a été l'accueil de la population à l'annonce de ce projet ?

Il y a deux publics, et donc deux accueils. Le premier, non majoritaire, les connaisseurs et ceux qui avaient participé à l'expérience de l'UFA à Beaubourg, étaient plus qu'impatients de l'ouverture.

Le second public, la plupart des habitants, ignorait qui était Michel Gondry et l'existence même du projet. La vidéo Ca Tourne Toujours à l'Usine, réalisé par Carine May et Hakim Zouhani, auquel l'Atelier Kuso a aussi participé, est sur Youtube.

Des explications, une communication et certains événements, comme la semaine « 100% Gondry » ont rapidement créé une effervescence chez les habitants. Comment cela peut être autrement face à cette idée aussi géniale et humaine.

Pouvoir accéder à cet aspect du cinéma, celui de faire que l'on soit devant ou derrière la caméra. Jeunes, enfants, personnes âgées, chômeurs, élus, éducateurs, femmes de ménage, serveurs, tout le monde y trouvent son compte. Que ce soit pour le fun ou pour des raisons d'éducation populaire... on peut aller à l'usine pour se faire un film, comme on irait à la piscine entre amis, en famille ou avec des voisins ....

Quelles sont les raisons de l'annulation du projet par la municipalité ?

La nouvelle municipalité (PS devenu Front de Gauche) a décidé d’annuler ce projet pour des raisons budgétaires. Sous l'ancien maire Jacques Salvator, le coût des travaux avait été estimé à hauteur de 1,5 million d'euros, la ville s'étant engagée à hauteur de 500 000 euros. La nouvelle municipalité a réévalué les coûts du projet et selon le Maire Pascal Baudet, qui entame une politique de réduction des coûts (mais non celui de son salaire qu'il a augmenté), le projet, qui est selon lui très intéressant, coûterait trop cher à la ville.

Mais plusieurs éléments viennent amoindrir cette annonce :

- Les locaux sont déjà achetés par la ville.

- La ville a obtenu cette année le label Ville d’Art et d’Histoire et la rénovation de la manufacture est obligatoire pour la ville, soutenue par la Fondation du Patrimoine, la Région et Le Conseil Général (via une mission mécénat).

- La ville met à disposition les locaux avec une convention auprès de l'association qui s'occupera de la gestion du lieu.

- L’association UFA s’engage à faire fonctionner le lieu sans engagement financier de la ville.

- L'Usine de Films Amateurs est un des projets le moins coûteux selon Safia Lebdi, élue Europe Ecologie-Les Verts à la région (présidente de la Commission du film d’Ile-de-France).

- Un projet attendu par la population albertivillarienne mais aussi des entreprises.

A l'heure actuelle, la nouvelle municipalité à accorder un délais supplémentaire mais si rien n'est fait et on procrastine on dira au revoir à l'UFA. 500 000 euros remis à l'échelle des habitants d'Aubervilliers, cela fait 6,50 €, ce n'est même pas le prix d'une place de cinéma. Et la solution, qui fait peur, n'est pas d'augmenter le points des impôts sur la ville. Il y a d'autres moyens possibles et bien d'autres à trouver. La beauté même du projet peut amener l'investissement d'entreprise, de donateurs privés, même via la plateforme Ulule, la participation ou le renforcement de financement public. La région a déjà injecté 500 000 euros mais dès le 6 septembre, ils seront retirés si le projet de l'UFA ne se met pas en place. Nous aimerions également que Plaine Commune, territoire de la création, investisse dans ce projet. Mais la mairie doit appuyer le projet même moralement.

Est ce que la population d'Aubervilliers soutient votre action pour maintenir ce projet dans la commune ?

Depuis la nouvelle, plusieurs actions ont été lancées. Nombreux ont voulu préparer une pétition, comme notre association. Et la première et la seule, à ma connaissance a été lancé, sur le net, par Amel El Kamel, une habitante du quartier Maladrerie. De notre coté, nous avons immédiatement rebondi en créant une page facebook qui est suivie par les habitants et pas seulement. Habitants, personnalités de la ville et associations culturelles et éducatives soutiennent le projet. Trois semaines après nous approchons les 1000 signatures.

Il y a peu, les initiateurs des actions dispersées se sont réunis pour mieux organiser le soutien à ce projet. De nouvelles actions et une pétition papier vont être mises en place pour mieux informer la population d'Aubervilliers. Il faut aller au delà du clivage politique communiste/socialiste, et c'est ce qui se fait, car les habitants soutiennent ce projet peu importe leur opinion politique, par facebook, en signant la pétition, de par leur présence lors de réunion. Notre point commun est l’épanouissement culturel et nous souhaitons réellement accueillir l'UFA au sein de notre commune.

Pour soutenir l'Usine de Films Amateurs à Aubervilliers :

www.atelierkuso.fr

https://www.facebook.com/kuso.atelier

L'Atelier Kuso
L'Atelier Kuso
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents