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abdourahman waberi

Publié le 10 Mars 2015, 15:51pm

Romancier djiboutien, Abdourahman Waberi a le don de conquérir ses lecteurs par des récits passionnants mêlant conte moderne et géopolitique. Résidant entre la France et les Etats Unis, où il enseigne la littérature française, il nous plonge avec sa "divine chanson" dans l'histoire des Amériques noires, à travers le cheminement tragique de Sammy l'Enchanteur, calqué sur les derniers moments d'existence du chanteur Soul, Gil Scott Heron.

Abdourahman Waberi revendique haut et fort son statut de romancier franco djiboutien. Djibouti, ou la côte française des Somalis pour son appellation à l'époque coloniale, où le futur écrivain grandit jusqu'à l'âge de vingt ans. Passionné de littérature française, il quitte l'Afrique avec un bac littéraire pour étudier en Normandie, puis en Bourgogne, la littérature anglaise et certains auteurs africains, tel Nurriddin Farah.

Dans son précédent roman "Passage des larmes" paru en 2009, il évoquait avec amertume la radicalisation islamiste de son pays d'origine, illustrée par le destin opposé de deux frères djiboutiens. Une terre, à laquelle il montre de manière engagée son attachement. "J'étais au front aux côtés de l'opposition pendant deux ans. Depuis quelques mois, nous sommes en phase de pourparlers. Mais la fronde va redémarrer, car rien n'est réglé. Une élection présidentielle aura lieu en 2016."

Malgré ses voyages incessants entre Paris et Washington, le romancier tient fermement à ses positions militantes, en faveur de cette terre post coloniale, partagée entre démocratie et islamisation radicale.

Professeur de littérature française, c'est en français, qu'il a décidé d'aborder les racines de l'Amérique noire dans son nouveau roman "La Divine Chanson". "Je voulais ainsi célébrer l'Amérique noire au sens large du terme, c'est à dire les Amériques noires comme les USA, le Brésil ou les Caraibes."

Le personnage central du récit se nomme Sammy l'Enchanteur, personnage fictif inspiré du chanteur poète Gil Scott Heron, connu pour son engagement politique en faveur de la communauté Afro-américaine, grâce à des classiques comme "The Revolution Will Be Not Televised". Qualifié de "Bob Dylan noir" pour son sens poétique et politique, ce poète, mais aussi romancier, avait su dénoncer avec génie les maux, qui rongeaient l'épiderme pigmenté des noirs aux Etats Unis, notamment dans son roman "Le Vautour", terme redondant dans le livre de Waberi.

L'auteur du "Passage des Larmes" nous embarque dans un voyage américain intemporel, en explorant l'arrière pays du Sud de l'Amérique noire, symbolisée par la légende du Blues man Robert Johnson, et un New York partagé entre un Harlem haut en couleur, si cher à Heron, et la ville actuelle aseptisée par Mr Propre. "Ces deux facettes de New York sont bien réelles. Gil Scott Heron, comme beaucoup de gens, regrettent celles d'hier." ajoute l'écrivain.

Le cadre du roman dépasse le nouveau continent pour se situer plus particulièrement à Paris et à Berlin, thêatre de concerts mémorables du Dylan noir. "Le roman s'appuie ainsi sur la dernière tournée européenne de Gil Scott Heron", précise le metteur en scène.

Le mode de narration est à ce titre étonnant. Tout d'abord, par le choix du narrateur, un chat roux soufi, dernier compagnon de route du chanteur, qui conte de manière désabusée le déclin de son maître, victime de ses propres addictions, qu'il dénonçait notamment dans la chanson " The boot le".

Hormis sa description du génie artistique incompris du chanteur, l'auteur s'amuse à jongler entre fiction et réalité. La scène de l'enterrement du héros en est le plus émouvant exemple, où un Kayne West méconnaissable côtoie The Last Poets. Une rencontre improbable, pourtant bien réelle. " La scène de l'enterrement est presque véridique. West et Last Poets étaient bien présents, ce jour là ", précise l'auteur.

L'intention de Waberi n'est pas d'écrire une biographie exhaustive du poète maudit, mais d'enjoliver la réalité à la manière d'un conte moderne, en incrustant des extraits de l'ethnologue malien Amadou Hampathé Ba ou le poète marocain Abdellatif Laabi. Une manière déguisée de rappeler (à l'ordre ) le caractère originel africain et universel de cette Amérique noire.

Les mots résonnent ainsi comme le clapotis des vagues sur les cales suintantes de douleur des bateaux négriers, au dessus desquels rode un vautour, messager d'un mauvais présage des dieux yorubas. La fin tragique de son plus grand guerrier, que la bienveillance d'un maitre félin n'a pas pu sauvé. Cette "divine chanson" sonne alors telle la complainte malicieuse d'un chanteur de blues bloqué à un carrefour triangulaire attendant la signature d'un pacte commercial avec le diable.

Cette Amérique noire fascine encore plus sous la plume taquine d'un de ses plus fervents exilés volontaires.

La Divine Chanson - Abdourahman Waberi - 238 pages - éditions Zulma

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