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Miss Tic

Publié le 8 Février 2016, 17:58pm

En 30 ans de création, Miss Tic a su imposer sur les murs de la capitale son image de la femme libérée. Rebelle, poète et passionnée, l'artiste a façonné une œuvre féministe à contre courant des clichés en harmonisant textes et images sur des pochoirs singuliers. Un parcours sinueux, résumé dans un précieux ouvrage nommé « Flashback, 30 ans de création ».

Dans le cœur de cette artiste pétillante réside en premier lieu une ville et ses rues, Paris. Elle y est née, elle y a grandi, plus précisément à Montmartre, lieu de convergence des artistes parisiens. La rue deviendra plus tard son premier terrain de jeu. « Paris représente ma terre. J'ai commencé par le théâtre de rue, car j'aime les arts interventionnistes. Puis j'ai laissé tombé la scène pour me consacrer à la peinture toujours dans la rue en 1985. » L'art urbain n'en est qu'à ses prémisses. Elle s'inspire alors de ses principaux acteurs français comme Jef Aerosol, Jérôme Messnager ou encore son initiateur Ernest Pignon Ernest. « Je connaissais bien le travail d'Ernest Pignon Ernest. Je ne voulais pas verser dans l'abstraction comme lui, mais plutôt dans le figuratif avec des personnages. J'ai donc pris l'option du pochoir, car j'avais envie d'associer le texte et l'image. Cette technique me semblait plus appropriée à ce type de représentations. En sachant qu'Ernest travaillait en plus sur la mémoire des lieux, je voulais créer une mémoire dans les lieux, où j'inscrivais mes œuvres. Des lieux, où je vivais ou je travaillais. J'ai beaucoup de mal à travailler dans des endroits, qui me sont complètement étrangers. J'aime bien sentir leur aura, me promener, sinon je n'aime pas intervenir sur des sites inconnus.»

Rapidement son travail irrévérencieux sur les murs de la capitale s'impose par sa singularité dans un mode de l'art urbain dominé par la gente masculine. Si son travail dérange, il interpelle l'oeil autant des badauds que des critiques d'art. En effet, elle est l'unique artiste à mêler la poésie urbaine et des représentations féminines parfois suggestives, en détournant l'image marketing de la femme objet« Au début, j'écrivais beaucoup de petits textes ou des poèmes. Je n'avais pas beaucoup d'imagination pour les illustrer. J'ai donc utilisé mon portrait dans un premier temps. Au bout d'un moment, ce processus est devenu compliqué et lassant. J'ai alors commencé à me servir des modèles dans les magazines féminins, qui véhiculaient une certaine image de la femme. Venant du thêatre, j'aimais beaucoup l'art du détournement. C'est devenu une manière de détourner des images, qui avaient un certain sens. »

Certaines composantes de ses œuvres sont redondantes, comme l'utilisation bicolore du noir et du rouge. Un aspect symbolique, mais aussi pratique. « Ces couleurs ont un pouvoir signalitique dans la rue. Au début, le noir et le rouge servaient principalement la lecture de l'oeuvre. Après, vous pouvez y voir un côté symbolique. Le noir représentant l'anarchie, et le rouge la passion. », explique t elle simplement.

Son travail, qualifiée alors de provocateur par les âmes les plus prudes, tend également vers un courant philosophique, politique et social bien représentatif de cette fin du vingtième siècle, le féminisme. Néanmoins elle tient à nuancer ce parti pris artistique. « Je ne suis pas une militante féministe. J'aime le féminisme, car ce mot résume ma façon d'être. Le féminisme possède un grand nombre de courants très différents les uns des autres. Je suis pour l'égalité des sexes. Je ne suis pas contre les mecs. Mon message ne s'adresse pas uniquement aux femmes. J'ai un important public masculin. Certaines féministes n'aiment pas mon travail, car j'utilise l'image sexuelle de la femme, selon elles. Je revendique cet érotisme dans mon travail. Par cynisme, j'ai utilisé de belles filles pour attirer l'oeil. Car je suis une enfant de la pub. » rétorque t elle à ses détracteurs.

Si ses œuvres rencontrent un surprenant succès, autant dans les galeries d'art que dans les rues de Paris, la pratique de l'art à ciel ouvert comporte certains dangers d'ordre judiciaires. Après plusieurs démélés avec les autorités, elle opte dans un premier temps pour l'affichage de ses pochoirs sur du papier journal. « J'en avais assez de passer mes nuits au commissariat. J'ai choisi l'affichage, car ce procédé était toléré. Mais cette méthode n'a pas duré longtemps, car certaines personnes décollaient soigneusement mes images pour les mettre aux murs de leur salon. Certains étaient des individus, qui venaient à mes expositions sans rien acheter, mais qui venaient s'accaparer mon travail dans la rue. »

Miss Tic continue d'apposer donc ses pochoirs aux quatre coins de la ville lumière jusqu'en 1997. Date à laquelle elle est assignée en justice par les propriétaires d'un mur près des galeries du Marais pour dégradation d'un bien par inscription, signe ou dessin. Après condamnation, puis appel des plaignants, l'artiste écope d'une forte amende pour récidive en 1999. Elle décide enfin d'arrêter de peindre clandestinement dans la rue pour se consacrer uniquement à des représentations légales. « J'ai trouvé facilement la solution en demandant l'autorisation des propriétaires, lorsque j'effectuais des repérages dans la rue. La plupart me donnait carte blanche pour les œuvres. »

Le passage à l'an 2000 est marqué par un projet ambitieux pour Miss Tic, Muses et Hommes. « L'exposition aurait du se trouver entre le musée d'Orsay et du Louvre, dont je devais détourner quelques tableaux. C'est le présentateur de télévision Yves Mourousi, qui m'avait proposé ce projet dans le cadre des festivités de l'an 2000. Il trainait souvent dans mes vernissages. Muses et Hommes lui a plu,et a été sélectionné. Malheureusement, Mourousi est décédé avant la mise en place de l'exposition. J'ai donc rencontré Henri Malberg à l'Hôtel de Ville, qui en a parlé au maire du Xxème arrondissement. La mairie du Xxème m'a alors soutenu dans le projet. J'ai trouvé seule les murs. Muses et Hommes reste l'unique détournement d'oeuvres existantes de ma carrière. »

Avec l'avènement médiatique du Street Art, Miss Tic devient l'icône féminine historique d'un courant passé de la rue aux galeries. Un passage, qui n'étonne guère l'artiste. Puisque sa première exposition fut assez précoce. « J'ai commencé à peindre en 1985. Quelques mois après, Agnés B me proposait une exposition intitulée Pochoirs. Cette transition entre la rue et la galerie s'est passée naturellement. Jusqu'alors, je n'avais travaillé que sur du papier. J'ai repris mes essais pour les poser sur toile. Ensuite, j'ai essayé de trouver des supports différents pour les expositions suivantes. Je dessine tout au crayon sur papier pour mon travail dans la rue. Je photocopie mon dessin original. Je le colle. Puis je découpe les matrices. Pour les textes, j'ai créé ma propre typographie. Car le texte demeure primordial à mes yeux. Les images, elles, sont interchangeables. J'ai également travailler dans la publicité. La seule contrainte est de respecter le cahier des charges. Mais ce travail publicitaire me permet de stimuler mon imagination, car je mêle mes idées avec d'autres artistes et collaborateurs. Ces diverses expériences m'ont aidé à ne jamais faire de dissociation entre la rue et la galerie. Contrairement à certains puristes de ce milieu, j'ai conscience qu'il faut gagner sa vie avec son art. »

Cette exposition plus classique de ses œuvres n'en a rien altéré sa liberté d'expression. Libre est le mot, qui résume le mieux ces 30 ans de création au service de la cause de la Femme et de l'Art en majuscules.

Flashback - Miss Tic - 30 ans de création - Critères éditions

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