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Un Oeil sur Mon Quartier : Steevy Gustave

Publié le 12 Septembre 2013, 10:23am

Un œil sur mon quartier : Steevy Gustave

Danseur Hip Hop devenu adjoint au maire, Steevy Gustave a tracé son parcours atypique dans la commune de Brétigny-sur-Orge. Engagé depuis longtemps envers son quartier et ses habitants, cet élu pas comme les autres dénoncent entre autre les images d'une ville salie et endeuillée par l'accident ferroviaire du mois de juillet 2013. Voici l'oeil d'un humaniste investi corps et âme dans la vie de son quartier.

Du haut de ses 43 ans, Steevy Gustave porte fièrement ses dreadlocks. Brétigny-sur-Orge a toujours été le point de ralliement des Gustave. « Mon père martiniquais emmenait toujours sa tribu (sa femme et ses cinq enfants) dans ses valises. Il était militaire de carrière. On partait un ou deux ans, puis on revenait à Brétigny, car sa base s'y trouvait. Ca nous permettait de découvrir différentes cultures. Quand j'ai eu 13 ans, nous sommes partis à Djibouti, où mon père est mort en service commandé. Nous avons été rapatrié à Brétigny. Je suis devenu pupille de la nation, et ma mère veuve à 36 ans. »

A cette époque, Steevy a besoin de se rattacher à une passion pour échapper au spectre de la délinquance. Tout d'abord, ce sera les arts martiaux, puis le mouvement Hip Hop, grâce à la mythique émission de Sidney H.I.P H.O.P. « Mes grands parents sont américains. J'avais l'habitude de voir des noirs avocats ou chef d'entreprise sur BET (NDLR : Black Entertainment Television). Mais, en France, c'était la première fois, que je voyais des noirs et des arabes sur le petit écran. »

Steevy gagne le championnat Hip Hop de l'Essonne à Grigny, ainsi qu'un mythique défi contre Shekna. Sa réputation commence à traverser les frontières de l'Essonne. Il débarque à Paris, où il rencontre d'autres danseurs. Afrika Bambaataa le nomme Zulu King. France Gall l'engage en tant que chorégraphe et danseur. Il devient ainsi la « Star brétignolaise ».

Steevy monte entre temps une association sur Brétigny, afin de communiquer son énergie positive puisée dans le Hip Hop, en dispensant des cours de danse aux gamins des alentours. Devant le nombre d'adhérents grandissant, il réclame une salle plus grande au maire RPR de l'époque, sans succès. Pour dénoncer ce refus, Steevy entre dans l'arène médiatique, notamment sur le plateau de l'émission Ciel Mon Mardi. Quelques années plus tard, le maire devenu Secrétaire d'Etat dans le gouvernement Juppé se rappelle aux bons souvenirs du jeune effronté, en consacrant un chapitre particulièrement diffamatoire et injurieux sur le père de Steevy dans son livre « Banlieue, mon amour ». Le danseur attaque le député maire, et gagne son procès. Il connait ainsi ses premiers contacts avec la classe politique.

Il met un terme à sa carrière de danseur en 1999, pour se consacrer à la production d'événements culturels. Mais, fin 2000, la gauche locale le contacte suite à une rumeur. « Ils pensaient que j'allais monter une liste. A l'époque, je m'occupais des gamins et de mon côté Show Biz. Ils m'ont affirmé que ma liste ne ferait que 3% et ne contiendrait que des noirs et des arabes. » Par défi, il monte une liste indépendante pour les municipales, et réalise un score de plus de 10% à chaque tour. Il devient ainsi le premier élu de la république portant des Dreadlocks. Il se définit alors comme « moitié artiste, moitié militant ».

Ayant grandi dans les quartiers nord de Brétigny, l'adjoint au maire dénonce le clivage régnant dans les quartiers populaires, crée par certaines institutions. « Aujourd'hui, tout le monde parle du vivre ensemble, mais j'ai vraiment vécu cette réalité lors de ma jeunesse. Les aînés ont toujours été bienveillant à mon encontre. On appelait un noir, un black, un maghrébin, un beur avec ce côté mode. Actuellement, on stigmatise les musulmans pour nommer les arabes. Mais dans ces quartiers, on doit mettre de l'amour, sans tomber dans l'angélisme. La plupart des résidents sont des courageux, qui se lèvent tôt pour travailler. Les habitants de ces quartiers doivent en plus subir la stigmatisation ou encore la discrimination à l'adresse. Quelque soit la région, les quartiers ont tous les mêmes maux et les mêmes envies. Les bailleurs sociaux contribuent au manque de mixité dans les cités HLM, en parquant les locataires par leurs origines. Ils ont crée le communautarisme. L'intégration est souvent dans les yeux de celui, qui en parlent. Je continuerais à me battre pour ces personnes fragilisées.»

Récemment marqué par l'accident ferroviaire du 12 juillet 2013, Brétigny-sur-Orge a été victime de cette stigmatisation systématique. Présent sur les lieux peu après l'incident, Steevy déplore sa couverture médiatique en la mettant en parallèle avec l'attentat du marathon de Boston. « En juin 2013, je me suis rendu sur le mémorial érigé pour les victimes de l'attentat, regroupant plusieurs centaines de baskets. Les gens respectent le lieu, malgré quelques vols. Néanmoins les médias américains ont mis en avant les héros, qui ont porté de l'aide aux blessés. A Brétigny, j'ai vu des gamins aider les victimes, porter de l'eau et des vivres aux pompiers et aux CRS. Ce sont des héros tous construits. L'ensemble des médias français a préféré lancer une polémique. » Le combat de Steevy ne fait que commencer....

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