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Marseille Noir

Publié le 12 Mai 2014, 14:07pm

Cédric Fabre : L'oeil Noir sur Marseille

Après Brooklyn, Rome ou encore Delhi, Marseille est le nouveau point de chute de la collection "Asphalte Noir", qui consacre des anthologies de nouvelles noires sur les mégapoles autour du globe. Cédric Fabre, journaliste et romancier vivant à Marseille, se retrouve l'anthologiste de cet œil noir sur la cité phocéenne. L'écrivain revient sur ce point de vue panoramique de la plus ancienne ville d'Europe.

Durant son enfance, Cédric Fabre a énormément voyagé à travers le continent africain avec ses parents. Ces voyages lui ont donné un sens aigu de la tolérance. À l'époque, il ne fait escale à Marseille que par intermittence pour rendre visite à ses grand parents, qui y résidaient. Après des études d'histoire à la Sorbonne, il y retourne étudier le journalisme. Il s'installe définitivement dans la ville en 1997. " Mes premiers souvenirs de Marseille sont ceux d'une ville très peu urbanisée et développée pour une grande ville française. Elle restait une ville sauvage avec ses ordures, ses clochards, ses dealers... Je trouvais les gens très durs, agressifs. Les classes populaires étaient installés au centre ville. Néanmoins, il régnait une incroyable énergie au cœur de cette ville, où tout semblait possible."

Sa situation géographique confère à Marseille une position unique dans l'hexagone. Port et porte de l'Europe tournée vers le continent africain, la cité phocéenne s'offre au monde. Cédric Fabre la qualifie de " ville monde " dans la préface de "Marseille Noir".

"Marseille est tournée vers la mer. La plupart des marchandises pour le continent y arrive. Un flux de population important venue de l'extérieur y débarque. Ce qui lui donne un côté cosmopolite et bariolé. Marseille n'est pas très française. Son énergie provient de ce carrefour de culture et de commerce."

Marseille cultive un terreau favorable au décor du roman noir. Cédric Fabre l'explique simplement. "Ici, c'est un peu semblable à New York. Marseille est débrouillarde par sa population, qui contient beaucoup de gens en marge, pas forcément intègres. C'est une terre, où règne le système D, la violence et ses voyous. Son histoire sociale favorise le développement d'un système économique souterrain. Le port est également un lieu où les transactions frauduleuses sont facilitées. C'est un peu le rendez-vous des classes dangereuses."

Pour cadre de sa nouvelle dans "Marseille Noir", Cédric Fabre a choisi le quartier de La Joliette. Au début, ce choix est un peu du au hasard, mais il se révèle un décor idéal pour le genre choisi par l'auteur, l'anticipation. " Lorsque je me suis mis à l'écriture de "Joliette Sound System", j'avais lu l'intégralité des nouvelles du recueil. Je voulais en sortir en titillant l'imaginaire du lecteur. Ce quartier a beaucoup changé. Avant La Joliette restait un espace fermé. Le quartier a été rendu à ses habitants. C'est un territoire neuf, a découvrir. Il ouvre à l'imaginaire, car il donne sur le grand large. Il appelle à l'ailleurs."

"Marseille Noir" dresse un portrait parfois drôle, cynique voire grinçant d'une ville au caractère indépendant et affirmé. D'Endoume aux quartiers nord, en passant par Le Panier et Belsunce, le livre explore les différentes strates de cette cité peu avare en sujet propre au roman noir, à travers les déambulations littéraires des quatorze auteurs. Ces derniers entretiennent un rapport étroit avec les lieux évoqués dans leur différent récit. " J'ai sélectionné ces auteurs pour la qualité de leur travail, mais également par évidence. Par exemple, François Thomazeau est journaliste sportif. Il semblait logique qu'il écrive sur le Stade Vélodrome. Les plumes sont très différentes et foisonnantes comme les quartiers décrits dans le recueil."

Une bande son aussi éclectique que la population marseillaise apparaît en aparté de l'ouvrage. Un concept original revendiqué par Cédric Fabre, qui voue une passion pour la culture rock. " A Marseille, on grandit avec une bande son. La bande son de notre ville ressemble à nos déambulations. Par ailleurs, le titre de mon dernier roman "Marseille ´s Burning" était un clin d'œil aux Clash et leur chanson "Londons Burning."

Son dernier roman se déroulait également dans le Marseille 2013, capitale de la culture européenne. L'auteur porte un regard assez mitigé sur le bilan de cette opération culturelle à grande ampleur médiatique. "L'interrogation sur Marseille 2013 reste d'ordre pratique. Car à présent il n'y a plus de subventions pour les associations culturelles. Cela a tout de même permis de découvrir des artistes d'ici et d'ailleurs. Il peut y avoir un impact à long terme sur la culture dans cette ville. C'est essentiel pour une cité, qui a connu une désindustrialisation intense ces dernières années. La culture est un bon véhicule pour comprendre cette histoire. La plupart des lieux culturels de la ville sont maintenant installés sur d'anciennes friches industrielles."

Une image de l'histoire sociale marseillaise, qui contraste sérieusement avec les clichés sensationnalistes transmis par les médias hexagonaux et utilisés à des fins électorales par la classe politique. En ce sens, la lecture de "Marseille Noir" donne une vision plus précise, bien que romancée, de l'atmosphère moderne, qui flotte dans les embruns de l'ancienne Massilia.

Marseille Noir. Asphalte Éditions. Auteurs : François Beaune, Philippe Carrese, Cédric Fabre, Patrick Coulomb, René Frégni, Christian Garcin, Salim Hatubou, Rébécca Lighieri, Emmanuel Loi, Marie Neuser, Pia Petersen, Serge Scotto, Minna Sif, François Thomazeau

Crédits : Bruno Bernard
Crédits : Bruno Bernard

Crédits : Bruno Bernard

Keny Arkana, extrait de la bande sonore de Marseille Noir.

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